Jeu vidéo et sexisme. Témoignage d’une gameuse insultée

Les récentes études du Syndicat des éditeurs de logiciels ludiques (SELL) démontrent que 50% des joueurs sont des joueuses. Mais certains hommes semblent encore avoir du mal à accepter les femmes dans “leur” univers “bien à eux”.

“Rend son compte à ton frère”, “Retourne à la cuisine”....
Si vous êtes une fille, et que vous jouez à des jeux vidéo, vous ne connaissez sans doute, que trop bien ces réflexions stupides. Lou*, une bordelaise de 25 ans, en a déjà fait les frais. Souvent.
Elle joue aux jeux vidéo depuis son enfance, c’est aussi une habituée des tournois de Warhammer. Bref, si Lou avait été un garçon, elle n’aurait jamais eu de problèmes. Mais le destin, et la génétique en ont décidé autrement.

Bref, désormais Lou a pour habitude de se faire passer pour un garçon, pour éviter “les remarques à la con”. Elle a partagé avec nous une des nombreuses mésaventures qu’elle a vécue, il y a dix ans, uniquement parce qu’elle est une jeune fille.

À l’époque, je jouais à un MMO-RPG (jeu de rôle en ligne) qui a aujourd’hui fermé. J’étais niveau max, du coup j’ai rejoint une guilde. Ils m’ont accepté et ils m’ont invité sur leur mumble (ancêtre de discord) sans savoir que j’étais une fille . Du coup un soir, j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis connectée. J’ai été trahie par ma voix. Une fois connectée, je demande quel est le programme de la soirée. J’ai été accueillie par un long silence gênant, j’étais super mal à l’aise. Après ce long silence, l’un d’entre eux a fini par lâcher un “HA mais t’es une meuf en fait”. À partir de ce moment, ils ont commencé à me demander des photos de moi, des “nudes” (photos nues), d’activer ma webcam, de sextoter… J’en passe et des meilleurs. À force d’essuyer mes refus, ils ont fini par me renvoyer de la guilde, en me disant que j’étais la source de tensions et d’engueulades entre les mecs, que je “foutais la merde” et que j’étais pas si forte que ça.

Habituée des forums, Lou a reçu un grand nombre de “dick pic” (photo de pénis) qu’elle n’a jamais demandée.

Quand un mec me demandait des photos de moi nue, j’allais chercher une “dick pic” d’un de ses copains et je lui envoyais. Sauf que ça ne leur plaisait pas, ils me traitaient de salope, me disaient que ça se faisait pas. Il y en a même certains qui prétendaient “me rendre service”.
Kayane, championne d’esport et présentatrice télé sur GameOne ©Redbull

Intrigué par cette dernière déclaration, j’ai demandé à Lou quel genre de services les gamers pouvaient bien penser lui rendre.

Je sais pas, peut être me montrer un pénis pour la première fois de ma vie *rire* où alors carrément coucher avec moi. J’en sais trop rien, en tous cas je me faisais aussi traiter de moche après, juste pour la forme.

Lou a bien compris que son sexe représente un handicap quand elle joue en ligne.

Quand je ne joue pas avec des “amis”, je ne dis plus jamais que je suis une fille. Même pas en rêve. Les mecs s’insultent entre eux, mais ils restent “courtois”. Par contre, quand ils découvrent que t’es une fille, c’est la fin, t’es juste bonne à te faire insulter, et de toute façon c’est toujours de ta faute si le groupe perd. J’ai même eu droit à des “viens me sucer tu sera plus utile”.

La grande classe...

©DR

Mais Lou termine notre échange en précisant que :

C’est vraiment pénible ce genre de comportement, et le pire c’est que c’est une minorité bruyante. Il y a plein de parties où ça se passe super bien, mais comme toujours et partout, c’est les cons qui font le plus de bruit. C’est hyper pénible et ça a aussi un impact sur les mecs qui sont sympa. Parce que du coup, ils sont instantanément classés avec les autres dans la case “gros connard”. Ce qui rend ces abrutis encore plus détestables
Jeel, une streameuse de jeux vidéo, principalement Nintendo ©DR

Le pire dans tout ça, c’est que le cliché de la femme demandant de l'aide pour avancer dans un jeu vidéo en ligne en échange de photos dénudées, à la peau dure. Ce qui est paradoxal quand on sait que ce “stratagème” n’est souvent utilisé que par des “Christophe Rocancourt” en culottes courtes et que plus personne ne tombe dans le panneau. La route est encore très longue avant que les femmes ne soient complètement acceptées dans le monde du jeu vidéo. Un comble quand on sait qu’elles représentent un joueur sur deux dans le monde.

*Le prénom a été modifié et nous n’avons pas de photo car Lou souhaite rester anonyme !

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