Le Brexit, "Fin de Partie" pour les studios britanniques de jeux vidéo.

Le 29 mars 2019, sauf coup de théâtre, la Grande-Bretagne quittera l'Union européenne quelle que soit l'issue des négociations... Pendant que Theresa May tente de relancer le jeu des négociations avec Bruxelles, outre manche, certains studios de jeux vidéo tirent la sonnette d'alarme.

On commence par un chiffre. En Grande-Bretagne, plus d’un tiers des 20 000 employés du secteur sont des ressortissants d’autres pays de l'Union européenne.

7000 personnes qui devront obtenir un permis de travail et un visa pour continuer à faire fructifier l’industrie britannique du jeu vidéo.

Ce n’est pas anodin quand on sait que chez nos voisins britanniques, le secteur vaut, à lui seul, autant que ceux de la musique et de la vidéo réunis. En 2018, l'industrie pesait 4,28 milliards d'euros !

Il faut reconnaître que les jeux vidéo ont été particulièrement lucratifs dans la "perfide Albion" l'année dernière. Trois titres ont grandement contribué à la belle année du jeu vidéo outre-Manche : FIFA 19, Red Dead Redemption 2 et Call of Duty : Black Ops 4.

Mais il n’y a pas que le recrutement de cerveaux qui va poser problème.

Avec la sortie de l’UE, les entreprises britanniques perdront de nombreux privilèges, comme l’accès à certains programmes d’aides et de soutiens européens tels que Creative Europe, ce qui pourrait les contraindre à trouver de nouvelles sources de financement.

Face à ces inquiétudes, une campagne qui défend le maintien dans l'UE, Games4EU, a été lancée l'été dernier, une initiative rare dans un milieu habituellement réticent à s'impliquer en politique.

« Près de 80 % des membres de cette industrie ont voté pour rester dans l'UE, et nous voulons nous assurer que leur voix soit entendue » Affirme George Osborn, l'un des co-fondateur du mouvement.
Games4EU lors de la grande marche anti Brexit à Londres, Le 1er novembre 2018. ©Games4EU

Plus d'une centaine de studios ont signé la pétition de Games4EU. Le collectif dit craindre une hausse des coûts de production, ainsi que la délocalisation partielle ou totale de certains studios vers le continent. Et s'inquiète également de la question du partage sécurisé des données.

« Pour le moment, les données en ligne circulent librement entre le Royaume-Uni et l'UE, explique Nick Button-Brown, également membre de Games4EU. Mais on ne sait pas ce qui va se passer après le Brexit, cela n'a pas été réglé. Il existe un scénario dans lequel vous ne pourriez soudainement plus jouer à FIFA en ligne avec quelqu'un d'un autre pays resté dans l'UE ».

Games4EU participera à la prochaine People’s Vote march, la manifestation anti Brexit, le 23 mars !

Un jeux vidéo dystopique.

Pourtant, le Brexit a aussi inspiré les créateurs, à l'image de Tim Constant, qui a publié cet été Not Tonight, petit jeu indépendant qui dépeint une Angleterre post-Brexit désenchantée et xénophobe. Un gouvernement d'extrême droite à pris le pouvoir, et commence à déporter nombre de personnes d'origine européenne.

Not Tonight, le jeu qui dépeint un post Brexit cauchemardesque. ©PanicBarn

Pour la petite équipe du studio britannique PanicBarn à l’origine de ce jeu, le Brexit a déjà eu une conséquence bien réelle :

« l’auteur des graphismes est Polonais. Il vient juste de repartir en Pologne à cause de l’incertitude sur ce qui va se passer ».

Not Tonight est pour l’instant disponible en anglais sur PC via les plates-formes de téléchargement pour une quinzaine d’euros.
Il devrait sortir sur consoles dans le courant de 2019. En plein Brexit !