Êtes-vous bien le propriétaire de vos jeux vidéo ?

La plateforme de vente de jeux en ligne Steam, et ses concurrentes, ont le droit de vie et de mort sur tous les jeux que vous y avez acheté.

Imaginez. Vous allez au supermarché, vous achetez des DVD. Souvent. Tous les mois depuis plusieurs années.
Et puis un jour vous vous disputez avec la caissière car il y a un souci avec votre carte bleue. Un souci dû à une erreur de votre banque (ça arrive !).
La caissière appelle le vigile. Et là, ce monsieur part chez vous et récupère tous les DVDs que vous avez achetés, légalement, avec votre argent depuis des années. Il ne vous reste plus rien.
Vous n’y croyez pas ?
Eh bien c’est ce qui se passe quand Steam décide de bloquer votre compte. Et cela arrive bien plus souvent que vous ne le pensez.

Le catalogue Steam propose des milliers de jeux mais ils ne sont pas à vous. ©Valve

L’achat de jeux vidéo dématérialisés (c’est-à-dire téléchargés directement sur sa machine, plutôt qu’en boîte) est en plein boum.

Coté consoles, les jeux dématérialisés ont représenté 46 % des ventes en 2018.

Toutes les consoles ont désormais leur shop.
Gros souci, le partage ou la revente de jeux numériques est quasiment impossible.
Ainsi, un jeu téléchargé via l’eShop Nintendo étant relié à un compte Nintendo, lui-même lié à votre console, lorsque vous avez terminé un jeu, ou qu’il ne vous plaît plus, vous ne pouvez pas en faire profiter vos amis, votre famille, ou un potentiel acheteur en seconde main.
Pire, si un jour l’eShop ferme ses portes, vos jeux risquent tout simplement de disparaître !

L’eShop Nintendo. Ne comptez pas faire des économies avec les versions dématérialisées de vos jeux. ©Nintendo

Coté PC, les chiffres sont encore plus fous. Les jeux dématérialisés sont devenus la norme avec 97% du marché, tandis que les ventes physiques ont plongé de 25 % en 2018 et n'ont rapporté "que" 18 millions d'euros avec les 3% restants.

Et n’allons pas par quatre chemin, Steam a pratiquement le monopole des jeux en téléchargement même si Epic arrive. (Valve ne donne plus de chiffres officiels sur le nombre d'utilisateurs inscrits sur sa plateforme Steam. Il était question de quelques 125 millions de comptes actifs en 2015).

Steam, c’est quoi ?

C’est une plateforme de jeux appartenant à Valve Corp, un éditeur de jeux. Il est dans la même situation que ses principaux concurrents :

  • Origin appartenant aux studios EA
  • Uplay propriété de Ubisoft

Mais grosse différence : Steam, contrairement à d’autres, ne regroupe pas que les jeux appartenant à son éditeur. La plateforme propose plusieurs milliers d'autres jeux, c’est presque une bibliothèque de jeux à acquérir moyennant finance.

En cela Steam est désormais concurrencé par le tout nouveau venu sur ce marché, Epic Shop (lancée par les créateurs de Fortnite). Un shop où vous pouvez acquérir des jeux Ubisoft par exemple.

Un droit de vie et de mort sur vos achats.

Dans tous les cas, la situation est la même. Sur ces plateformes, vous achetez des jeux. Et même s’ils sont dématérialisés, vous en êtes donc, légalement, propriétaire.

Est-ce vraiment le cas ?
Dans les faits, pas vraiment. Puisque la plateforme peut fermer un jour, et qu’en attendant, elle a presque un droit de vie et de mort sur vos achats.
Les posts, sur les réseaux sociaux et les forums, de personnes n’ayant plus accès à leurs achats dématérialisés sont légions...

©Epic / Valve

Lors d’une enquête menée en 2017, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a ainsi contrôlé les conditions générales d’utilisation des acteurs du secteur. Quatre sociétés ont été sanctionnées pour plusieurs manquements : EA Swiss SARL (Electronic Arts), Blizzard Entertainment SAS (éditeur notamment des jeux à succès Overwatch et World of Warcraft), le français Ubisoft et l’américain Valve (éditeur de Steam).

La DGCCRF leur reproche « une information précontractuelle défaillante » et la « remise de contrats non conformes ». Blizzard et EA ont été condamnés en 2018 à 142 500 euros d’amende, Valve à 147 000 euros, tandis qu’Ubisoft a écopé de la sanction la plus lourde : 180 000 euros d’amende.Une goutte d’eau pour ces entreprises.

Derrière ces manquements relevés par la DGCCRF figure un autre problème de taille.

Le problème du délai de rétractation

Pour rappel, lors d’un achat en ligne, vous avez 14 jours minimum pour changer d’avis. Mais ce délai peut être supprimé par les plateformes vendant des jeux dématérialisés (pour éviter, par exemple, qu’un joueur ne demande le remboursement d’un jeu qu’il aurait terminé en moins de 14 jours) !
Il y aurait également des clauses abusives ou illicites relatives au transfert ou à la revente de jeux achetés légalement, ainsi qu’au respect de la vie privée et du porte-monnaie.

Et là, le pouvoir des plateformes est sans fin, puisque ce sont souvent les clients qui se plaignent de ces clauses qui voient leur compte fermé.

Ils n’ont donc plus accès à leurs achats. Comme dans l’histoire du début de cet article !