La ludification, ou l’art de plonger votre travail réel dans du virtuel

Enfin un remède au travail à la chaîne, et aux jobs fastidieux ? LA solution :transformer le travail en jeu ou en jeu vidéo, c’est ce qu’on appelle la Gamification ou la Ludification en français.

Ce serait bien que la vie ce soit comme un jeu vidéo !

On a tous entendu, ou eu, cette réflexion un jour. Outre le français approximatif de cette remarque, on peut la contester car la réalité de la gamification est bien souvent assez éloignée du monde cool des jeux vidéo.
Plutôt que de réduire la pénibilité d’une tâche on la camoufle derrière un jeu.

Oublier un travail répétitif et fastidieux en jouant. ©Amazon

Les entreprises qui pratiquent la gamification, cachent, sous couvert de rendre le travail plus “fun”, une pénibilité des tâches bien réelle.

La gamification crée l’illusion que les employés s’amusent au travail et permet de créer du contenu viral autour de sa marque, un peu à la manière des vidéos où l’on voit des collègue faire des parties de Nerfs entre deux réunions. “C’est trop cool !”.

En fait, les faits sont là : une entreprise qui a l’air sympa, appréciée du consommateur fera toujours davantage de chiffre qu’une entreprise avec une mauvaise réputation ! Alors si l’on fait croire que tout n’y est qu’amusement : c’est pas cher et ça peut rapporter gros.

Chez Amazon : La ludification au travail.

Chez Amazon, on tente de faire oublier les conditions de travail pénibles, notammentdans les entrepôts américains et anglais (Pas encore chez nous !). Le géant d’internet propose à ses employés de jouer tout en travaillant. Ces jeux intitulés “Mission Racers”, “Picks In Space”, “Dragon Duel” ou encore “Castle Crafter” proposent tous des univers différents, mais leur “gameplay” reste le même.

Il s’agit de déposer des commandes dans des boîtes, des heures durant sans avoir l’impression de le faire.

Le but est de distraire le salarié tout en le rendant de plus en plus efficace. Pour le faire s’évader loin d’une activité pénible de tâcheron, on le fait jouer avec un écran. Leur action, celle de remplir des boîtes y devient tout autre chose dans un monde virtuel où l’on note tout de même leurs performances. Le plus rapide gagne la course et les points qui vont avec. Un peu comme dans Mario Kart.
Charlie Chaplin aurait adoré singer cela. Un “temps modernes 2.0” ou le travailleur à la chaîne finirait pas se prendre pour un pilote de course, celui qu’il a incarné toute la journée sur son écran!

Le retour du Stakhanovisme.

La réalité de la ludification n’est pas rose. Elle instaure un sentiment de compétition entre les employés. Ce qui peut mener à de lourdestensions dans une course au rendement permanente. Car qui dit système de scoring, dit classement des employés, mais surtout compétition. Les employés les plus compétitifs peuvent s’adonner à une lutte sans merci pour finir en tête du classement. Même si les récompenses peuvent faire sourire, ça va du bon d’achatau goodies Amazon.

Chez IBM on gagne des badges pour être reconnu comme un employé efficace. ©IBM

IBM fait encore plus fort, avec Kudos Badges, un logiciel qui s’utilise avec Office 365 et IBM connections, des systèmes de Cloud proposé par Microsoft et IBM. Là les employés de bureau, scotché devant leur écran d'ordinateur, vont devoir réaliser des tâches variées, comme envoyer des messages ou créer des Wikis en échanges de badges virtuels. Des récompenses reconnues en interne pour avoir effectuer des tâches classiques du monde du travail.

Le travail des “employés non qualifiés” serait-il en passe de devenir un jeu comme Candy Crush, avec des points à gagner, des niveaux à compléter, des récompenses…avant qu'on ne les remplace... Par des robots ?