Que cachent les jeux vidéos bradés ?

Des jeux vidéo à 90% de réduction, ça intéresse quelqu'un ? C'est en tout cas ce que proposent de nombreux sites sur internet. G2A, Kinguin ou Instant Gaming, tous ces sites sont dans le collimateur des éditeurs de jeux vidéo, leur crime ? Revendre des clefs CD de jeux pour des sommes dérisoires.

Quand il y a un flou, il y a un loup.
Les sites tiers de revente de jeux pullulent sur la toile. Ces offres miraculeuses cachent une vérité un peu plus complexe. Ces sites ne sont pas des revendeurs officiels, ce qui signifie qu'il est presque impossible de savoir d'où viennent ces clefs d'activation. Bien que certaines ne proviennent que de personnes essayant de se faire un peu de sous après un cadeau décevant. Des gens qui ont reçu un jeu en doublon, ou qui n’aiment pas le jeu qu’ils ont reçu, tout simplement, c’est, en tout cas sur le papier, le but officiel de ces sites.

Mais la vérité, c’est qu’une grande partie des produits en vente est constituée de clefs CD frauduleuses.Ces clefs CD sont, en fait, volées. Il est donc parfaitement illégal de les revendre, ou de les acheter. On appelle ça du recel. Le recel est un crime puni par la loi avec autant de sévérité que le vol. On a beau jouer les innocents, on sait tous que quelque chose cloche quand on achète nos jeux à prix cassé.

©Instant Gaming

Qu’est-ce qu’une clef CD ?

Si vous avez déjà acheté un jeu PC en version physique, vous êtes passé par l'étape d'activation, sinon laissez-nous vous expliquer. Au début des années 2000, afin de s'assurer que tout le monde achète bien son jeu, chaque CD était fourni avec une clef CD. Cette dernière devait être saisie manuellement. Ces clefs étaient composées d'autant de caractères qu'un code Wi-Fi, ce qui pouvait être frustrant quand un message d'erreur apparaissait. Ces clefs existent toujours, mais la dématérialisation a rendu leur saisie automatique. Seule exception, si vous gagnez un jeu PC à un concours, on vous offrira un joli bandeau de papier avec une des fameuses clefs imprimée dessus.

Page d’accueil de G2A ©G2A

L'ennui avec ces sites, c'est qu'une grande partie de ces jeux sont en fait des clefs volées. Les éditeurs ne touchent donc pas un seul centime sur la transaction.Ce qui pose un souci, car ces derniers possèdent tous les droits sur les jeux qu'ils créent, c’est comme cela qu’ils gagnent leur vie.S'ils détectent donc une clef frauduleuse, ils la désactiveront.

Parfois ce n’est pas vraiment du vol, mais une histoire de pouvoir d’achat. Les vendeurs habitent dans des pays où le niveau de vie est moindre. Un bon moyen de se faire des sous facilement.Ils revendent les jeux à des prix qui semblent dérisoires, mais une fois l'argent converti, ces revendeurs se font une petite fortune, chez eux. Déjà épinglés par de nombreux éditeurs, l'âge d'or de ces sites fait partie du passé. Il y a un an, on pouvait encore trouver des jeux à moins de 10€. Maintenant c’est fini mais les prix restent attractifs.Au moment de la rédaction de cet article, il est possible d'acheter Call of Duty : Black Ops III à 12,78€ au lieu de 59,99€.
Ce qui a mis les pratiques de ces sites sur le devant de la scène, c'est un jeu “free to play” et un petit éditeur de jeux vidéo.

©Kinguin

League of Legend entre en guerre.

G2A et Kinguin étaient des sponsors de premier plan pour de nombreuses équipes professionnelles de League of Legend jusqu'en 2015. Mais à la veille des championnats du monde de la même année, Riot Game, l'éditeur du jeu, a demandé à toutes les équipes sponsorisées par l'un de ces sites de retirer leur logo des maillots des joueurs. La raison ? Elle est toute simple ; ces sites vendent des comptes League of Legend niveau 30, ce niveau est requis pour pouvoir jouer en parties classées, mode de jeu où les meilleurs joueurs s'affrontent. Mais la vente de comptes est strictement interdite par les conditions d'utilisation de League of Legend. C’est d’autant plus ridicule que la création de compte est gratuite. Le prix de ces comptes est calculé en fonction de la valeur des skins débloqués sur le compte.

Le maillot d’H2K, une équipe d’esport, avec le logo G2A ©H2K Gaming

Le deuxième coup dur pour G2A arrive, lui, en 2016. Tiny Build, un éditeur de jeu américain a mis en lumière les pratiques frauduleuses du site polonais. G2A a fait 200 000 $ de chiffre d’affaire, simplement en revendant des clefs CD achetées grâce à des cartes de crédit volées.L'éditeur américain a annoncé avoir perdu 450 000 $ dans l'affaire, sans que G2A nebouge d’un pouce. C’est comme pour la revente de vélos volés sur Ebay. Si Ebay ne fait rien, c’est parce qu’il touche une “com” sur la revente dudit vélo.

©Tiny Build

Des solutions il y en a, dans un monde où les blockbusters AAA coûtent des sommes astronomiques.
Que ce soit via le marché de l'occasion ou grâce aux soldes proposés plusieurs fois par an, des solutions existent. Il est parfaitement possible d’acheter des jeux pour des sommes moindres sans passer par des sites hors la loi. Alors certes, entre acheter une copie de The Binding of Isaac à 35,97€ ou à 13€, le choix est vite fait. Mais dans l'absolu, et si l'on veut voir des jeux toujours plus originaux, il faut mettre la main au portefeuille. Un studio a besoin d'argent pour créer des jeux. Les éditeurs ne touchent pas d'argent sur les transactions effectuées sur ces sites. Sans argent, ces studios n’ont aucun moyen de financer de nouveaux projets. La morale de cette histoire ?
Achetez vos jeux aux bonnes personnes, ou comme dirait les amateurs de musiques underground : “Support your local scene”