Avec Kinvent, les sportifs se rééduquent en jouant aux jeux vidéo !

Rémi Capdevielle - Le 23 Mars 2021
Image en une : ©Kinvent

La start-up montpelliéraine a créé des jeux vidéos pour rendre la rééducation un peu plus ludique !

Les kinés « à l’ancienne » n’ont qu'à bien se tenir. Leur profession est déjà passée dans le 21ème siècle ! Depuis 2017, la start-up Kinvent, basée à Montpellier, développe des jeux vidéo et des objets connectés pour aider les kinésithérapeutes et leurs patients dans le processus de rééducation ou de réathlétisation physique. Une étape parfois longue, souvent pénible, qu’Athanase Kollias, le fondateur de Kinvent, a déjà connu et a voulu rendre un peu plus « fun » !

Algorithmes, biomécanique et Karl le Kangourou

La recette d’Athanase Kollias a l’air simple, mais ne l’est pas tant que ça. En collaborant avec des entités sportives de très haut-niveau (le Championnat américain d’UFC, des clubs du TOP 14 de rugby ou de L1 de football) sa société Kinvent a d’abord créé des outils connectés à une application, “K-Force”, pour mesurer de manière efficace et centralisée la force, le mouvement et l’équilibre de patients en phase de rééducation. Des objets connectés aux formes variées, bardés de capteurs d’évaluation, qui doivent assurer un suivi objectif et efficace.

©Kinvent
Notre objectif initial était d’avoir une mesure très propre. Nous avons donc intégré des technologies bio-mécaniques pour permettre de trouver des signaux-clés sur la performance du patient. On prend toutes ces valeurs-clés, on fait une évaluation et ensuite on se sert de ces valeurs-clés comme objectif et comme moyen de rééducation. Par exemple : on prend, en temps réel, une force appliquée sur un élastique ou la distribution des poids sur un jeu d’équilibre et on alimente des algorithmes qui alimentent eux-même les jeux ! Concrètement, on va contrôler un personnage avec des données biomécaniques.

Et le personnage en question est australien, adore les activités sportives et se nomme sobrement Karl le Kangourou.

Il va dans le désert, il fait du « scuba-diving » et joue au rugby. Et dans toutes ces activités, on va travailler quelque chose de différent. Quand Karl va faire du surf, il va surfer entre les vagues, éviter des crabes ou des requins, mais il doit aussi collecter des pièces qui se trouvent au fond de l’océan. Toujours avec l’objectif de faire travailler le patient sur son équilibre, tout en respectant la plage que le kiné a décidé de travailler.

Des « Serious games » pour motiver les patients

C’est alors qu’intervient la phase la plus sympa pour le patient, le jeu vidéo ! Une fois l’évaluation réalisée, Athanase propose au patient des « serious games » de rééducation basés sur ses propres performances. Pourquoi un jeu vidéo ? Parce qu’en rééducation, tout est question de motivation.

Parce que c’est rigolo ! Un « serious game » va motiver le patient ! Ce n'est pas comme se sentir obligé d’aller chez son kiné. Là, on a envie d’y aller parce qu’on a envie de jouer au jeu. C’est important parce que c’est déjà 50% de la réussite. Il faut qu’il y arrive, mais pas trop facilement non plus, pour qu’il progresse. Pour nous, un patient est comme un sportif. Il doit progresser, faire l’effort et être motivé, comme un sportif !

Facteur de motivation, le jeu vidéo est aussi une bonne manière de s’échapper d’un corps endolori et laisser de côté ses pépins ou ses faiblesses physiques.

En oubliant qu’on est dans une phase d’entraînement, parfois on va aller chercher plus loin que si on devait juste tirer sur un élastique. Parce qu’on y pense pas ! On ne pense ni à la douleur, ni à l’appréhension de se faire mal. On y pense pas, donc on y va ! Et on a parfois des surprises. Par exemple, des personnes atteintes de fragilités, comme les personnes âgées, qui ont peur de se lever, de marcher ou d’aller chercher des affaires qui sont placées un peu haut, ont souvent peur de se faire mal. Il y a un déclin vers la fonte de la masse musculaire, la diminution des amplitudes de mouvement ou de l’équilibre et l’augmentation du risque de chute. Quand on leur demande de faire un « test-max », on va constater une force max de 10 kilos par bras, par exemple. Et quand on va leur demander de jouer au jeu, parfois les patients vont aller plus loin ! Ça veut dire qu’ils sont un peu plus forts que ce qu’ils pensent. Grâce au jeu, ils s’en rendent compte, ils le travaillent et ils se renforcent ! Après, la vie est meilleure…

Propos recueillir par Rémi Capdevielle