Parole de psy : « Les parents devraient jouer avec leurs enfants »

Rémi Capdevielle - Le 23 Février 2021
Image en une : ©Laura Bayoumy

Le jeu vidéo, un problème ? Voici quelques conseils pour les parents inquiets de voir leurs enfants rester « collés » à leur écran !

Lorsqu’un enfant est en proie à des difficultés de comportement, des problèmes de violence ou d’addiction, beaucoup de parents se retrouvent démunis ou simplement incapables de dialoguer.
Pour Julien Pierre, psychologue pour enfants et adolescents au CMPP d’Avranches (Normandie), l’échange verbal est justement le premier pas vers une meilleure compréhension et donc des relations apaisées. Lors de ses séances numériques, ses jeunes patients sont justement amenés à parler d’eux en jouant à leur jeu vidéo préféré. Et les langues se délient !

« Le problème de la violence, c’est quand il n’y a pas de mots »

Souvent associé aux problèmes de violence des enfants ou des adolescents, le jeu vidéo apparaît aux yeux de Julien Pierre comme un « support » à la parole. Alors parlons-en ! Pour le psychologue, il est primordial que les parents soient à l’écoute de leur enfant. Il conseille même une implication totale :

Je recommande aux parents de tester, de partager, de jouer avec eux ! Si certains parents s’inquiètent des manifestations agressives de leurs enfants, il serait intéressant de leur parler, d’essayer de comprendre ce qui se passe.

Une étape d’autant plus importante qu’elle permet de cerner les causes de certains comportements excessifs, plus particulièrement la violence, pour ensuite les externaliser : « Tout d’abord, il faut savoir que l’agressivité est présente chez tous les êtres humains. C’est une pulsions fondamentales qu’il faut savoir canaliser ou dériver, mais qui s’exprime d’une manière ou d’une autre. Chez tous les enfants, tel ou tel jeu peut avoir une dimension agressive. Le problème de la violence, c’est quand il n’y a pas de mots. Pour moi la violence est plutôt une conséquence. Si des parents s’aperçoivent que leur enfant a des manifestations d’agressivité, le jeu va venir révéler cette difficulté, cette problématique de la gestion de l’agressivité. Le jeu en lui-même ne fait rien. »

Contrairement aux idées reçues, le jeu vidéo permet également d’obtenir des marques de réussite qui sont souvent bénéfiques au bien-être physique et psychique du jeune patient : « Je reçois beaucoup d’enfants en échec scolaire et j’ai pu constater des « effets positifs sur le plan narcissique » quand ils arrivent à finir un jeu. Ça les change de la vie de tous les jours. Dans ce contexte là, ils sont en réussite, ils ont du succès. Le travail à faire ensuite c’est de transférer ces capacités à d’autres domaines. Cet effet permet de le « re-narcissiser ». Je reçois aussi des enfants qui peuvent être très agités et au moment où ils jouent, ils s’apaisent. C’est le plaisir de jouer ! Quand on incarne un avatar, on met aussi en sourdine ce qu’il se passe dans notre corps. C’est un « répit physique ».

Des effets bénéfiques qui vont bien au-delà du bien-être immédiat : « Personnellement, lors de parties dans la vie privée, j’ai pu voir que les enfants avaient beaucoup de choses à prendre, comme l’acquisition de vocabulaire. Parce que quand un adulte joue avec un enfant, il va nommer des choses. J’ai remarqué qu’après coup, les enfants réutilisaient ce vocabulaire. Ils vont aussi pouvoir, par identification, s’approprier des stratégies. Cela permet de développer tout le raisonnement « logico-hypothético-déductif ». Toutes les panifications de tâche, les stratégies, et également la représentation mentale en 3D. »
Reste à choisir les bon jeux qui ne sont pas forcément les plus connus, les plus mis en lumière à coup de campagnes marketing.

Attention aux punitions !

Mais quand le dialogue est rompu, les parents dégainent souvent leur arme ultime : la punition ! Qu’elle prive de jeux, de sorties ou simplement de dessert, elle est toujours un argument de dissuasion massive pour l’enfant. Pourtant, Julien Pierre explique qu’elle peut se révéler contre-productive : « Pour un enfant ou un adolescent qui va passer beaucoup de temps à jouer, je pense qu’il faut faire attention. Des parents m’ont expliqué que lorsqu’ils avaient essayé de punir et de tout supprimer ou confisquer, le remède pouvait être pire que le mal. Une mère m'avait dit que son fils ne faisait plus rien du tout, il restait allongé sur son lit toute la journée, comme si le jeu vidéo était le dernier rempart pour lutter contre un effondrement dépressif ! » Prudence, donc.

©Laura Bayoumy

Dans ce cas-là, le psychologue recommande plutôt de « prendre le temps d’analyser la situation pour envisager des solutions ». Selon lui, “le jeu vidéo peut alors apparaître comme une sorte de « béquille psychique” . Avant de l’enlever, il faudrait donc avoir déjà construit d’autres solutions alternatives, sous peine de le voir tomber : « Beaucoup d’enfants et d'adolescents l’utilisent pour se ré-animer, égayer un petit peu leur vie. Les jeunes les utilisent aussi pour se retrouver. Il y avait cette crainte de l’isolement, de l’enfermement dans l’univers des jeux vidéo. Moi ce que je constate au contraire qu’ils sont hyper-connectés ! C’est peut-être une difficulté actuellement à pouvoir supporter la séparation, l’absence. Dans l’exemple d’un adolescent, tout doit être encadré et régulé. Tant que c’est fait avec modération, il n’y a aucun souci ! Tant que ça n’empêche pas une ouverture à quelque chose. »

Plus il y a de jeux…

Lorsque la question de l’addiction aux jeux vidéo est posée, Julien Pierre est catégorique : « Je n’aime pas trop ce terme, il est “jugeant”. Le métier du psychologue c’est de recevoir un sujet dans sa singularité, dans la bienveillance et donc je préfère parler de pratique excessive ou sur-investie. Ça révèle toujours un mal-être. Généralement, quand les jeunes arrivent à parler de ce qui est difficile , de leur souffrance et leurs angoisses, on peut constater qu’ils vont s’ouvrir à autre chose. »

Ne pas passer son temps sur un seul jeu est vital.

S’ouvrir, oui, mais à quoi ? Là encore, la solution peut passer par le jeu vidéo et son univers aussi riche que varié : « Certains jeunes n’arrivent pas à s’arrêter passent leur journées sur un seul et unique jeu. Je pense qu’il faut les amener à découvrir plusieurs types de jeux. Il est important de faire comprendre qu’il n’y a pas que les 3 jeux vendus en supermarchés, que les parents proposent d’autres supports. Il en existe plein d’autres ! ».
Et pour être sûr que toute la famille y trouve son compte, rien de tel qu’une plateforme de jeu en streaming comme Blacknut, qui propose plus de 400 jeux d’aventure, de réflexion ou de course, entre autres. Pour Julien Pierre, l’important est justement de savoir varier les plaisirs : « J’ai remarqué que les enfants avaient souvent tendance à « rager », comme on dit, sur des jeux de compétition. Voilà pourquoi c’est très difficile pour des enfants qui ont du mal à accepter de perdre. Ça les met dans tous leurs états. On ne les aide pas vraiment. Je proposerais plutôt à ces enfants-là des jeux de coopération. Ces jeux permettent de travailler les capacités à différer, à attendre. Si je devais résumer les problèmes des enfants et des adolescents, c’est qu’ils sont toujours dans cette recherche d’immédiateté. Ils ne prennent plus le temps d’attendre et de penser.

C’est important de leur permettre d’avoir un espace pour penser ! »

Propos recueillis par Remi Capdevielle