Des forçats du jeu vidéo chez Epic Games

Pour beaucoup, travailler dans le monde du jeu vidéo est un rêve. Mais parfois les rêves se transforment en cauchemars. C’est le cas des employés d’Epic Games, qui sont soumis à une pression colossale et qui travaillent en “crunch” depuis de nombreux mois. Explications.

Si pour vous le crunch, c’est une barre de chocolat, apprêtez-vous à être déçu. Dans le monde du jeu vidéo, ce terme veut dire “travailler sans relâche jusqu’à ce que tout soit terminé”. Pour le dire autrement, “passer en Crunch” signifie : “dis adieu à tes week-ends”.
Le crunch time n’est pas chose rare dans le monde du jeu vidéo, si la date de sortie d’un jeu approche, vous pouvez être certain que les gens qui travaillent dessus sont en “crunch”. Ce qui veut dire que leurs semaines de travail avoisinent les 70 heures. On est bien loin de nos 35 heures chéries.

Les locaux d’Epic Games, en Caroline du nord ©Sergei Galyonkin

Il peut arriver que certains jeux, de par leur nature, demandent plus de travail que d’autre. Les jeux en ligne, par exemple, sont en perpétuelle transformation, que ce soit de l’ajout de contenu, comme des skins, ou des modifications d’objets déjà présents dans le jeu. C’est le souci que rencontrent les équipes d’Epic Games, les développeurs de Fortnite.

Des employés précaires et corvéables.

Un article publié par nos confrères de Polygon dévoile les attentes du studio de Caroline du nord vis à vis de ses employés. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les 35h sont loin d’être respectées. Epic Games attend de ses employés qu’ils travaillent sur Fortnite, 6 jours par semaine avec des journées de 10h.
L’enquête publiée par Polygon regroupe les témoignages de plusieurs employés d’Epic Games, anciens et actuels.

Le lama, Mascotte emblématique de Fortnite ©Epic Games

Une culture de la peur.

La culture de la peur est une technique de gestion d’équipe bien connue. Il suffit au manager d’une équipe de demander à ses employés de donner le maximum, sans quoi leur place dans l’entreprise saute. Cette stratégie managériale semble être la favorite des responsables de service chez Epic Games.
Si vous êtes embauché chez Fortnite, on attendra de vous que vous soyez corvéable à merci.

Je connais des gens qui refusaient de travailler le weekend, ce qui nous faisait rater une deadline parce que leur part du boulot n’était pas terminée, du coup ils étaient virés

Si vous ne travaillez que 35 à 40 heures (comme indiqué sur vos contrats de travail) , deux soucis vont pointer le bout de leur nez :
Premièrement, votre travail en retard va pénaliser toute votre équipe, mais aussi retarder la sortie du contenu sur lequel vous travaillez.
Deuxièmement, mais plus embêtant, votre CDD ne sera surement pas renouvelé.

Des amis sont venus me voir pour me dire “je n’en peux plus”, d’autres ont fondu en larmes sous mes yeux. Le crunch est constant

De nombreux employés finissent par avoir des soucis de santé, d’autres atteignent le stade du burn outface à la charge de travail constante que requiert un jeu de l’ampleur de Fortnite. La cause est simple : Fortnite est le jeu le plus populaire du monde. Et ses propriétaires espèrent que cette popularité dure le plus possible, quitte à devoir faire des sacrifices.

©Epic Games

Les réfractaires disparaissent.

Les employés d’Epic Games sont majoritairement en CDD. Ce qui veut dire que chacun de leurs actes impacte la reconduite potentielle de leur contrat. Ceux qui refusent de travailler la nuit et le week-end disparaissent.

Certaines personnes ont perdu leur travail parce qu’elles ne voulaient pas travailler autant d’heures par semaines

Depuis quelques années, de nombreuses voix du monde du jeux vidéo s’élèvent pour inciter les développeurs américains à se syndiquer. Ces voix trouvent de nombreux échos en ce début d’année.
Entre les 800 licenciements chez Activision malgré une année prospère et ces révélations sur les méthodes de travail d’Epic Games, quelque chose doit changer dans le fonctionnement des studios de développement.

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